L’ennemi de notre ennemi est notre ami

Elle avait 20 ans. Elle était kurde. Elle est morte les armes à la main lors de l’offensive de l’armée turque contre la poche d’Afrin en Syrie. Elle, c’était Avesta Khabour. Elle s’était engagée depuis deux ans pour lutter contre l’Etat islamique et avait participé à la reprise de Raqqa, la capitale syrienne de l’organisation terroriste. Son engagement, comme celui de milliers de femmes kurdes, a contribué à la défaite de notre ennemi et à empêcher qu’il y ai de nouvelles victimes en Europe. Mais voilà désormais près de trois semaines que les troupes du gouvernement islamiste d’Ankara mènent l’offensive contre les troupes kurdes. Avec l’aide de l’Armée syrienne libre (sic !, ndlr) qui est une milice pro-turque affiliée… à Al-Qaïda. Décidément, Erdogan ne change pas ses bonnes vieilles habitudes.

Officiellement, la raison de cette offensive consiste à empêcher une continuité territoriale des trois cantons kurdes du nord syrien près de la frontière turque. La peur sans doute d’y voir s’y développer une entité autonome qui pourrait donner des idées aux frères kurdes de l’autre côté. Mais c’est justement cette continuité territoriale à la frontière de la Turquie qui est un projet de sécurité majeur pour l’Europe. Donald Trump a proposé en janvier de créer une force frontalière de 30.000 hommes en s’appuyant essentiellement sur les forces kurdes. Peu importe si les intentions du président américain sont ambiguës. Comme le dit très bien l’écrivain Patrice Franceschi au journal « Le Figaro », cette « force frontalière devait former une barrière infranchissable d’une importance stratégique pour la sécurité de l’Europe et de la France ».

L’autocrate d’Ankara perdrait au passage son instrument de chantage envers les Européens en ne pouvant plus ouvrir ou fermer les vannes de l’invasion migratoire au grès de ses intérêts. Sans parler du laxisme des autorités turques à cette même frontière permettant aux djihadistes d’aller ou revenir comme bon leur semble. D’autre part, n’oublions pas que Recep Tayyip Erdogan est le président islamiste d’un pays qui occupe la terre d’un Etat membre de l’Union européenne, Chypre, en y maintenant des forces d’occupation et en encourageant la colonisation du nord de l’île. Occupation, faut-il le rappeler, condamné par l’ONU.

Puisque l’argument moral, qui consiste à dire que les Européens abandonnent leurs alliés qui leur ont permis de vaincre l’Etat islamique en Syrie et en Iraq, ne semble pas toucher les foules européennes, celui sur leur sécurité devrait davantage les mobiliser. Car pour ne pas avoir su pleurer sur la tombe d’Avesta Khabour, il ne faudra pas s’étonner que les Kurdes ne viennent plus pleurer sur les nôtres.

D.B.

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Catégories :Nord de Chypre, Territoires européens sous occupation turque

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