Ukraine : fake news ? Vous avez dit fake news ?

Comme le dit une expression populaire, heureusement que j’étais assis lorsque j’ai lu cette brève dans les pages internationales du Figaro en date du 13 février. On y apprend que l’ancien président de Géorgie, Mikhaïl Saakachvili, a été expulsé d’Ukraine vers la Pologne. Naturalisé ukrainien en 2015 par le président Petro Porochenko, ce dernier l’avait déchu de sa nationalité en 2017 après que Mikhaïl Saakachvili soit devenu un farouche opposant au pouvoir en place. On découvre ensuite que ce dernier avait été brièvement arrêté en décembre 2017 sur l’accusation du parquet ukrainien d’avoir voulu « prendre le pouvoir par la force » au cours de manifestations qui, toujours selon les accusations du parquet ukrainien, ont été financées par l’entourage de l’ex-président prorusse. Les accusations sont portées par le parquet ukrainien mais elles sont reprises sans aucune précaution, sans aucun recul par Le Figaro. Or, ces accusations sont grotesques. Et quiconque suit l’actualité ukrainienne le sait pertinemment.

En revanche, si vous êtes un lecteur lambda vous déduisez de cette brève que la Russie a cherché à déstabiliser le pouvoir ukrainien en préparant un coup d’Etat… avec Mikhaïl Saakachvili. L’homme qui s’est toujours opposé à la Russie !!! L’homme de la CIA !!! Voici ce qu’on peut lire sur la page wikipédia de l’ancien président géorgien : « En politique étrangère, Saakachvili maintient des relations étroites avec la classe dirigeante américaine, ainsi qu’avec celle des autres pays de l’OTAN, et il est l’un des dirigeants de l’Alliance du GUAM (1). La révolution des Roses, menée par Saakachvili, est décrite par la Maison-Blanche, occupée par George W. Bush, comme l’un des mouvements les plus puissants des temps modernes qui, toujours selon Bush, inspirera d’autres mouvements de libération. En septembre 2005, Tbilissi est la première capitale des anciens pays de l’URSS à baptiser une de ses rues au nom de George W. Bush. » (…) « Le président Saakachvili oriente sa politique internationale sur deux axes consistant pour le premier à nuire aux intérêts russes et pour le second à servir les intérêts des États-Unis. Il est à l’initiative du doublement des troupes en Irak, faisant de la Géorgie l’un des plus grands contributeurs à la coalition militaire en Irak, et a laissé ses troupes au Kosovo et en Afghanistan afin de renforcer la sécurité globale. » (…) « Mais le fait majeur de l’époque Saakachvili, ce sont les bonnes relations que la Géorgie entretient avec les États-Unis, ce qui mécontente le Kremlin. Le journal russe  Pravda publie un article désobligeant au sujet de la Géorgie intitulé « Une autre Géorgie sur la carte des États-Unis ». Saakachvili pense que la priorité à long terme du pays est de progresser vers l’adhésion à la Communauté européenne, qu’il considère comme une simple étape vers l’adhésion à l’OTAN et surtout au fond comme une rupture à l’égard de son voisin russe. »

Plutôt étrange de choisir un homme avec un tel pedigree pour un coup d’Etat pro-russe en Ukraine ! D’ailleurs, qui est à la tête de la Géorgie en 2008 lors de la guerre contre la Russie en Ossétie du Sud ? Mikhaïl Saakachvili. Et lorsqu’il doit quitter le pouvoir en 2013 où va-t-il s’exiler ? Aux Etats-Unis… d’où il soutient publiquement les manifestations de 2013-2014 contre le pouvoir de Viktor Ianoukovitch proche de Moscou. Le même qu’il tenterait de rétablir au pouvoir si l’on en croît les accusations délirantes du parquet ukrainien qui, comme chacun le sait, est totalement indépendant du pouvoir en place et d’une intégrité absolue…

Et lorsqu’il rejoint le nouveau pouvoir pro-américain en Ukraine en 2015 quel est son objectif ? Le journal « Le Monde » le dit très bien : Mikhaïl Saakachvili indique que « sauver l’Ukraine signifie aussi sauver la Géorgie », les deux pays luttant selon lui « contre le même empire », la Russie. Alors que s’est-il passé pour en arriver à la situation présente ? Dès la fin de 2016, les ambitions politiques de Mikhaïl Saakachvili ont commencé à faire peur au président Petro Porochenko. L’ancien président géorgien critique le pouvoir en place et fonde, en février 2017, un parti politique ukrainien, le Mouvement des nouvelles forces. Sa popularité croissante inquiète l’exécutif ukrainien qui décide alors de se débarrasser d’un possible rival dans l’optique de l’élection présidentielle de 2019. Là est l’origine des déboires de Mikhaïl Saakachvili en Ukraine. Et non dans un prétendu coup d’Etat fantasmé et fabriqué de toute pièce par le parquet ukrainien. Un coup d’Etat qui serait de surcroît en faveur des intérêts russes qu’il a combattu durant toute sa vie avec l’appui jamais démenti des différentes administrations américaines.

Et maintenant, vous croyez que le lecteur du Figaro pouvait le comprendre en lisant la brève publié dans ce journal ? Cela n’aurait-il pas nécessité quelques explications ?

D.B.

(1) L’Organisation pour la démocratie et le développement, dite GUAM, est une organisation internationale de coopération à vocation régionale regroupant quatre États de l’ex-Union soviétique : Géorgie, Ukraine, Azerbaïdjan et Moldavie (de 1999 à 2005 l’organisation, dite alors GUUAM, comportait en outre l’Ouzbékistan). Cette organisation pro-occidentale regroupe des États qui se sentent menacés par la Russie.

(2) Le Monde

Publicités


Catégories :Ukraine

%d blogueurs aiment cette page :