France : Bertrand Cantat et les hyènes de l’indignation

Bertrand Cantat est un meurtrier. C’est la première chose à en dire au vu de la gravité de son geste. Il a été condamné à une peine de prison pour cela. Il y aurait beaucoup à dire sur celle-ci. Trop légère. Beaucoup trop légère. Surtout lorsque la « justice » se pique d’ajouter au laxisme de la condamnation celui de la remise de peine. Lamentable. Cela étant dit, il convient de distinguer l’émotionnel du rationnel. Les parents de Marie Trintignant sont dans la première catégorie. Et c’est tout à fait normal. A leur place j’éprouverai les mêmes sentiments. Sans doute même pire. Ainsi, lorsque Nadine Trintignant déclare « Je trouve honteux, indécent, dégueulasse, qu’il aille sur scène » personne ne peut la critiquer. De son point de vue elle a entièrement raison. Et ses arguments sonnent juste.

Cependant, je ne suis pas Nadine Trintignant. Je me dois de rester dans le rationnel. Il se trouve qu’au regard du droit et de la justice Bertrand Cantat a payé sa dette à la société. On peut trouver cela injuste mais c’est un fait. Il se trouve également que le métier de Bertrand Cantat est d’être un artiste, un chanteur qui se produit sur scène. C’est dérangeant. Sans aucun doute. Et certains voudraient substituer à la peine de mort physique, une peine de mort sociale. Pourquoi pas ? Mais cela doit rester de la responsabilité de chaque citoyen. Ainsi, je ne donnerai jamais un centime à Bertrand Cantat. Ni pour l’achat d’un album, d’une biographie et encore moins pour le voir sur scène. Mais cela doit rester de MA responsabilité. Je ne comprends pas les gens qui viennent voir ce meurtrier chanter sur scène pour l’applaudir. Cependant, c’est leur droit, leur liberté. Tout comme c’est le droit et la liberté de Bertrand Cantat de poursuivre ses activités.

Comme je l’ai écrit plus haut, l’attitude de la famille de Marie Trintignant est digne, compréhensible et respectable. En revanche, j’avoue que j’éprouve une gêne certaine à voir des fanatiques de l’indignation venir devant une salle de concert, comme cela s’est produit hier soir à Grenoble, pour insulter ce chanteur, lui cracher à la figure ou lui jeter des objets. Quel courage ! Sauf qu’à la différence de la famille, qui d’ailleurs ne le fait pas, ils n’ont aucune justification morale pour se conduire ainsi. A l’indécence de ceux qui viennent applaudir un chanteur meurtrier, se superpose l’indécence de ceux qui viennent l’agresser dans le but d’instrumentaliser une émotion légitime à des fins idéologiques. Ici à l’appel d’une prétendue association féministe.

Car cette indignation surjouée, 15 ans après les faits, est très sélective. Rappelons-nous comment plusieurs féministes renommées ont immédiatement relativisé des scandales tel que celui du bar de Sevran ou encore celui du harcèlement de rue dans le quartier de La Chapelle à Paris avec les propositions particulièrement loufoques de Caroline de Haas. Curieusement, aucune association féministe n’a appelé à des rassemblements dans ces lieux pour venir dire leurs quatre vérités aux auteurs de ces actes. Mais faut-il s’en étonner ? C’est le propre des hyènes de préférer chasser en meute face à un individu isolé.

D.B.

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