Le cow-boy, les mollahs et les laquais

Donald Trump a tué l’accord sur le nucléaire iranien le 08 mai 2018. C’est ce que retiendra l’histoire. Emmanuel Macron et les autres hommes politiques européens, élus ou non élus, peuvent bien dire le contraire, cela n’a aucune importance. Malheureusement, au-delà des postures diplomatiques et médiatiques, ils feront ce que tous les laquais font à travers le monde : ils obéiront. Je ne vais pas détailler ici les avantages et les insuffisances de ce traité. Inutile de parler davantage d’un cadavre. Donald Trump n’a pas fait du Donald Trump contrairement à ce que j’ai pu lire ou entendre dans des analyses qui relevaient davantage du bistrot du commerce que de la géopolitique. Sa stratégie vis-à-vis de l’Iran s’inscrit dans une logique purement américaine qui relève en partie du pacte stratégique du Quincy, scellé le 14 février 1945 sur le croiseur du même nom entre le roi Ibn Saoud, fondateur du royaume d’Arabie saoudite, et le président américain Franklin Roosevelt, et d’autre part de l’animosité jamais démentie entre les deux pays depuis la révolution islamique iranienne en 1979.

Pour rappel, le pacte du Quincy affirme que la stabilité de l’Arabie saoudite fait partie des « intérêts vitaux » des États-Unis qui assurent, en contrepartie, la protection inconditionnelle de la famille Saoud et accessoirement celle du Royaume contre toute menace extérieure éventuelle. En contrepartie, le Royaume garantit l’essentiel de l’approvisionnement énergétique américain (*). Après son élection à la Maison Blanche, le premier voyage à l’étranger du nouveau président a été pour l’Arabie Saoudite. Tout un symbole qui annonçait déjà la crise actuelle. Durant son séjour, le président américain a demandé aux autorités saoudiennes d’entreprendre une libéralisation, modeste, du régime et de lutter sans ambiguïtés contre le terrorisme. En contrepartie il a encouragé les pays musulmans sunnites à isoler l’Iran, en accusant la République islamique d’attiser «les feux du conflit confessionnel et du terrorisme». Ce qui ne pouvait que ravir les autorités saoudiennes qui luttent contre les ayatollahs iraniens pour la suprématie régionale.

La première conséquence de ce voyage fut trois semaines plus tard la rupture des relations diplomatiques de nombreux pays musulmans sunnites avec le Qatar accusé de « soutien au terrorisme » (ce qui ne manque pas de sel provenant de l’Arabie Saoudite) et, surtout, nous touchons ici la véritable raison, d’entretenir de bonnes relations avec l’Iran en soutenant « les activités de groupes terroristes soutenus par l’Iran dans la province de Qatif », où se concentre la minorité chiite du royaume saoudien, ainsi qu’au Bahreïn. Il fallait punir le Qatar pour avoir joué les francs-tireurs vis-à-vis de l’ennemi chiite. Ajoutez à cela la guerre par procuration que se livre l’Iran et l’Arabie Saoudite au Yémen et en Syrie ainsi que leur lutte d’influence au Liban et vous comprendrez pourquoi le royaume wahhabite militait activement pour torpiller l’accord nucléaire entre les grandes puissances et les mollahs iraniens. Car la peur de Ryad face à un Iran nucléarisé n’a rien à envier à celle de Tel-Aviv. Ce n’est donc pas un hasard si les deux capitales furent les premières à se réjouir de la décision de la Maison Blanche de déchirer l’accord de 2015.

Une fois cela posé, vient le moment de se poser la bonne question. Si le geste du président américain cadre parfaitement avec la tradition et les intérêts géopolitiques des Etats-Unis, est-ce également le cas pour les Européens ? La réponse est négative. Il ne s’agit pas ici de défendre le régime des fanatiques de Téhéran. Celui-ci est détestable et je n’ai aucun mansuétude pour lui. Mais la géopolitique n’est pas une affaire de morale ni de sentiments. C’est avant tout du pragmatisme. Quels sont les principaux périls pour l’Europe ? L’immigration, l’islamisation et le terrorisme. Or, aucun de ces maux n’est financé par l’Iran chiite. En revanche, ceux-ci sont financés par l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Pakistan, le Qatar etc… Toutes des puissances sunnites. D’ailleurs, je vous pose la question : sur le plan doctrinal les djihadistes qui frappent l’Europe depuis plusieurs années sont-ils plus proches de l’Iran chiite ou de l’Arabie Saoudite wahhabite ? Vous connaissez la réponse. Nos dirigeants connaissent la réponse. Malheureusement, une partie de notre classe politique et économique a vendu son âme aux pétromonarchies du Golfe en échange des intérêts financiers (dettes étatiques), économiques (contrats d’armement par exemple), stratégiques (pétrole) ou individuels (corruption). Si l’arc chiite qui prend forme au Moyen Orient inquiète, à juste titre, Washington, Tel Aviv et Ryad, c’est leur problème. Pas le notre.

Si nous avions des hommes politiques européens responsables et indépendants, ils ne tiendraient nullement compte de la décision américaine. Décision d’autant plus intolérable pour nos intérêts, que les Etats-Unis, par l’intermédiaire du conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, exige des entreprises européennes qu’elles cessent leurs activités commerciales en Iran sous peine de se voir infliger des sanctions d’ici 90 à 180 jours. Cela est tout simplement intolérable, inadmissible. Face à cette décision unilatérale et à l’application de ce « droit » extra-territorial, une puissance digne de ce nom, comme prétend l’être l’Union européenne, se doit de défendre ses intérêts et de protéger ses entreprises. Si nécessaire en prenant également des mesures de rétorsions équivalentes à l’égard des sociétés américaines. Mais je prend le pari, hélas, qu’au delà des rodomontades et de l’agitation médiatique qui dureront quelques jours, les dirigeants européens rentreront dans le rang et se soumettront aux intérêts géopolitiques des Etats-Unis qui ne coïncident pas avec les nôtres. Car, encore une fois, un laquais fait ce pourquoi il est programmé. Obéir.

D.B.

(*) Ces accords ont été renouvelés pour une même période de 60 ans en 2005 par le président George W. Bush.

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