Un curieux professeur d’histoire nommé Alexis Corbière

En ce jeudi de l’Ascension je suis tombé sur une émission diffusée par la radio RMC et animée par le journaliste Eric Brunet dont le sujet portait sur l’éventuelle reconnaissance par la République du massacre des Vendéens sous la Révolution. Parmi les invités, Alexis de Corbières, député de la France insoumise, mais surtout titulaire d’une licence d’histoire et du certificat d’aptitude au professorat de lycée professionnel (CAPLP) de lettres-histoire. Et bien à la suite de cette émission je ne peux que me réjouir que mon fils n’ai pas eu à subir ses cours. Car j’ai relevé pas moins de 3 approximations grossières. Ce qui vous l’admettrez fait tout de même beaucoup pour un professeur d’histoire.

– Pour justifier la réaction du camp républicain Alexis Corbières a affirmé que celui-ci, attaqué sur les frontières par les monarchies européennes, ne pouvait tolérer une révolte sur ses arrières. Il s’est cependant bien gardé de révéler aux auditeurs que ce ne sont pas les monarchies européennes qui ont déclaré la guerre à la France révolutionnaire mais bel et bien l’Assemblée législative qui, le 20 avril 1792, déclara officiellement la guerre au « roi de Bohême et de Hongrie », ouvrant ainsi le début d’une longue série de guerres entre la France et le reste de l’Europe qui allaient bouleverser le continent.

– Alors oui, Alexis Corbières a raison sur un point. Si on ce place du point de vue des républicains, il était impossible de laisser se développer une insurrection sur les arrières à l’Ouest du pays alors qu’il fallait lutter sur les frontières du Nord et de l’Est. Aucune armée n’aime se battre à front renversé. En général c’est une situation mortelle. Il était donc normal et logique que les républicains réagissent vigoureusement et combattent l’insurrection vendéenne. D’autant plus que les premières victoires de la Grande Armée Catholique et Royale (nom donné par les chefs de l’insurrection à leur armée) faisaient peser une véritable menace sur la capitale avec à la clef une possible restauration de la monarchie. Après les premières défaites des bleus, des généraux intelligents et dynamiques (Notamment Kléber et Marceau) furent nommés à la tête des armées républicaines. Et en l’espace de trois mois (octobre-décembre 1793) ils vainquirent la Grande Armée Catholique et Royale dans trois batailles décisives (Cholet, Le Mans et Savenay). En janvier 1794 celle-ci était détruite et ne représentait plus aucune menace militaire. La plupart des chefs vendéens avaient été capturés, exécutés ou tués au combat. Seule subsistait une guérilla mais celle-ci ne pouvait plus inverser le sort de la guerre. L’épisode militaire était quasiment clos. Le temps de la pacification semblait venu. Le général Kléber proposa un plan intelligent et modéré dans ce sens. Mais il ne fut pas retenu. Quelques années plus tard, le général Hoche s’inspirera pourtant de ce plan du général alsacien et restera ainsi dans l’histoire comme le pacificateur de la région. Au plan de Kléber fut préféré celui des colonnes infernales du général Turreau. Celui-ci consistait à prendre la Vendée en étau par plusieurs colonnes armées dont la mission n’était plus de vaincre un péril militaire qui avait disparu mais de punir la population vendéenne, de brûler les villages, les églises et de passer la population (femmes, enfants et bébés compris) au fil de l’épée et des baïonnettes. C’est ainsi que se multiplièrent les Oradour-sur-Glane dont le plus célèbre fut le massacre des Lucs-sur-Boulogne où 564 personnes, hommes, femmes et enfants (la plus jeune, Louise Minaud, avait 15 jours) furent réunies dans l’église du village et froidement exécutés. Ces massacres, contrairement aux affirmations d’Alexis Corbières n’étaient en rien liés à la nécessité de la République de se défendre mais bel et bien un plan consistant à massacrer la population pour la punir et faire un exemple qui soit suffisamment dissuasif pour le reste du pays. À l’occasion de l’inauguration du Mémorial de la Vendée, le 25 septembre 1993, Alexandre Soljenitsyne prononça un discours, où il fit un parallèle entre l’esprit qui animait les hommes politiques appliquant la Terreur et le totalitarisme soviétique.

– Mais comme si cela ne suffisait pas, notre député de la France insoumise a déclamé un ultime argument pour justifier les méthodes des armées républicaines. « À l’époque c’est ainsi qu’on faisait la guerre ». Ah ? Alors comment expliquer cela monsieur le député ? Après la défaite des Vendéens à la bataille de Cholet, le général de la Grande Armée Catholique et Royale, Charles Melchior Artus de Bonchamps, mortellement blessé durant la bataille, fut porté agonisant à Saint-Florent-le-Vieil où il parviendra à imposer à ses hommes la grâce et la libération de 5.000 soldats républicains rassemblés dans une église et que ses soldats s’apprêtaient à exécuter en représailles. Monsieur Alexis Corbières a beau affirmer que c’est ainsi qu’on faisait la guerre à l’époque il semble oublier qu’à la fin des fins se sont les hommes qui décident de leurs actes. Et on ne peut que constater qu’en dépit de la noblesse de ce geste, cela n’empêchera pas les conventionnels de décider d’adopter le plan du général Turreau quelques mois plus tard pour passer les civils vendéens au fil de l’épée.

Parmi les prisonniers graciés se trouvait le père de l’artiste David d’Angers. En reconnaissance, ce dernier érigea la célèbre statue du Pardon de Bonchamps.

C’est peut-être ainsi que l’on faisait la guerre monsieur Alexis Corbières mais ce dont je suis sur c’est qu’à l’époque la République ne faisait preuve d’aucune magnanimité envers ses ennemis ni de réciprocité dans le pardon. Il serait temps, alors que vous appartenez à un parti qui ne cesse de réclamer de la France qu’elle fasse repentance pour son passé, d’appliquer ce principe à la République toujours prompte à donner des leçons et toujours encline à s’en dispenser.

D.B.

Publicités


Catégories :France

%d blogueurs aiment cette page :