Italie : vers un Waterloo du « populisme » ?

La bataille de Waterloo demeure une énigme. Les historiens s’accordent pour dire que Napoléon 1er, le plus grand stratège militaire de l’histoire, disposait sans doute lors de cette bataille de l’armée la plus forte que la France n’ai jamais eu dans toute son histoire. Cette bataille aurait du être une victoire francaise. Et pourtant, tout le monde sait comment cela s’est terminé. Alors, pourquoi ? Un historien a levé un coin du mystère dans une émission de la télévision française en 1977 « Les grandes batailles du passé – Waterloo 1815 ». Il souligne qu’à l’annonce du suicide du maréchal Berthier l’empereur s’évanouira en public et que des témoins le verront pleurer en regardant un portrait de son fils retenu prisonnier par les Autrichiens. Ces démonstrations publiques étaient totalement inimaginables auparavant. Pour cet historien cela traduit un changement dans la psychologie de l’empereur. Sa sensibilité s’est décuplé. Et si elle est plus forte, selon sa thèse, c’est que Napoléon 1er n’est plus aussi sur de lui. Non pas de son génie mais du terrain sur lequel il s’avance. En effet, durant la campagne de 1815 il reste prostré de nombreuses heures, laissant à ses subordonnés le soin de prendre des initiatives. Du jamais vu là encore. Il est hésitant, donne des ordres puis des contre-ordres. Les trahisons de 1814 ont laissé des traces. Il doute de la fidélité d’une partie de ses généraux. Ce sentiment est d’ailleurs partagé par une partie de l’armée ce qui se traduira à l’arrivée surprise des Prussiens sur le champ de bataille par les cris de « Nous sommes trahis » qui provoqueront la débandade. Bref, Napoléon 1er est devenu fataliste. Lui qui avait l’habitude de commander aux dieux de la guerre sera étrangement absent sur le champ de bataille de Waterloo, subissant les évènements et laissant ses subordonnés et ses adversaires lui dicter sa conduite. Ainsi, lui qui se faisait toujours un devoir de choisir le terrain sur lequel devait se dérouler la bataille se laissera imposer celui choisi par Wellington. Cela lui sera fatal.

Cette longue digression pour vous dire que je suis très inquiet du choix de Matteo Salvini en Italie. J’avais déjà exprimé mes doutes dans un précédent article (ici). Je n’ai pas changé d’avis. Je crains, malheureusement, que cette aventure gouvernementale se termine par un lamentable échec. Car, à l’image de Napoléon 1er à Waterloo, le terrain sur lequel il s’engage est extrêmement glissant. La trahison est partout. Son allié tout d’abord. Silvio Berlusconi a finalement donné son accord pour un gouvernement commun avec le M5S. Mais je suis persuadé qu’aux premières difficultés sérieuses il sera le premier à planter un couteau dans le dos de Salvini (*). Quant à son partenaire de coalition, Luigi Di Maio, et son mouvement hétéroclite, le moins qu’on puisse dire c’est qu’ils n’offrent aucune garantie de fiabilité et de solidité. Face aux difficultés qui ne manqueront pas de se dresser sur leur route peut-on réellement penser que ce mouvement, qui tire à hue et à dia, saura faire preuve de la cohésion nécessaire ? Je n’y crois pas une seconde. Une explosion de ce parti n’est d’ailleurs pas à exclure à l’issue de cette expérience gouvernementale inédite.

Mais il y a pire. Les mondialistes cosmopolites de Bruxelles tremblent depuis des mois devant la montée de ce qu’ils nomment le populisme en Europe. Les expériences réussies en Hongrie, en Pologne ou en Autriche les inquiétaient déjà. Les perspectives pour les élections européennes les inquiètent encore davantage. Dans ces conditions, l’idée de voir l’Italie, l’un des pays fondateurs de l’Union européenne, rejoindre le camp des européistes identitaires s’apparente à un casus belli. Pour eux, il va s’agir de la mère des batailles. Ils vont mobiliser toutes leurs forces pour que l’expérience italienne se transforme en échec afin de marquer un coup de frein à la vague « populiste » sur le continent. Et c’est là que l’on revient à Napoléon 1er. Matteo Salvini va devoir engager cette bataille avec deux boulets aux pieds. Le premier, on l’a vu, c’est l’attelage hétéroclite du gouvernement et l’absence de cohérence idéologique et programmatique entre les partenaires de la coalition ainsi que le manque de fiabilité et de sincérité du parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia, qui reste un indécrottable rassemblement d’européistes cosmopolites qui se feront un plaisir de jouer le rôle du cheval de Troie des élites bruxelloise le moment venu.

Mais le plus important est sans aucun doute l’absence d’autonomie en matière monétaire et financière. L’Italie est endettée jusqu’au cou. Sa dette s’établit à environ 2.300 milliards d’euros soit 132 % du PIB, ratio le plus élevé de l’UE après la Grèce. Notons au passage que nos médias qui crient déjà à la folie concernant le programme économique de la future coalition , en l’accusant d’être démagogique et irréaliste, n’ont jamais un mot pour critiquer l’incompétence de ceux qui ont laissé un tel héritage. On voit ainsi de quel côté ils penchent. Il n’en reste pas moins vrai qu’un tel programme (revenu « de citoyenneté » garantie en faveur des pauvres, impôt sur le revenu unique et plafonné à 15 %, réforme des retraites et nationalisation des banques en difficultés) nécessiterait de disposer de marges de manœuvre bien plus importantes que celles que la coalition va trouver et surtout de disposer des commandes budgétaires et monétaires pour agir. Or, ces commandes seront pilotées non pas depuis Rome mais depuis Bruxelles et Francfort. Dans ces conditions il est illusoire de penser que la coalition pourra appliquer son programme. Et si il lui venait l’idée de vouloir passer outre nul doute que l’exemple grecque se répéterait. Les européistes cosmopolites ne laisseront pas passer une telle opportunité d’humilier leurs adversaires. Sans compter qu’ils pourront toujours disposer du soutien des spéculateurs de l’acabit de Georges Soros pour déstabiliser ce gouvernement si le besoin s’en faisait sentir en attaquant la dette italienne pour étrangler le pays par une hausse des taux d’intérêt à 10 ans.

De la même manière que le débat raté de Marine Le Pen durant la présidentielle est devenu l’alpha et l’omega de son procès sur son manque de crédibilité, soyez certains qu’un échec de cette coalition deviendra l’alpha et l’omega du procès contre les expériences « populistes » en Europe. Campagne qui pourra compter, bien entendu, sur la quasi totalité des médias européens attachés à la défense des dogmes des européistes cosmopolites. L’objectif ? Transformer cet échec en un Waterloo du « populisme ». Matteo Salvini a décidé de livrer la bataille mais se sont ses adversaires qui ont choisi le terrain sur lequel elle va se dérouler. Ce n’est jamais bon signe.

D.B.

(*) Au moment où je finissais cet article, j’apprenais que Silvio Berlusconi était réhabilité par la justice et qu’il pouvait de nouveau se présenter à des élections, siéger au Parlement et occuper des fonctions publiques. Curieusement, cette décision judiciaire est intervenue un mois avant la date prévue. Ultime tentative du système pour éviter l’arrivée d’une coalition « populiste » au pouvoir ? Quoiqu’il en soit ce rebondissement ne fait que confirmer ma méfiance. Cette décision judiciaire ne fera que renforcer la tentation du leader de Forza Italia de trahir ses « alliés » dés qu’il en aura l’occasion. Peut-être est-ce d’ailleurs le but recherché. Si il était sage, Matteo Salvini s’abstiendrait de monter dans ce qui s’apparente déjà au Titanic.

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