France-Italie : la paille et la poutre

Notre inénarrable ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a-t-il perdu une occasion de se taire ? Sans aucun doute. Tout d’abord parce que l’avertissement du ministre français, pour qui « la stabilité financière de la zone euro serait menacée » par l’orientation économique d’un gouvernement formé par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles en Italie, a provoqué une vive réaction du leader de la ligue, Matteo Salvini, qui a fait le bonheur des réseaux sociaux en faisant le tour du monde.

Ensuite, il est possible que l’avertissement lancé par Bruno Le Maire se transforme en boomerang et que la réponse de Matteo Salvini devienne une prophétie. Car tout laisse à penser que la France, du haut de sa dette de 2.218 milliards d’euros n’a pas grand chose à envier à l’Italie. Pire, à la différence de nos voisins italiens dont la dette est détenue à 65 % par des acteurs locaux, celle de notre pays est détenue à 62 % par des étrangers. Ce qui fait que la situation de la France est bien plus fragile que celle de la péninsule italienne en ce domaine hautement sensible.

Mais il y a plus inquiétant. Tous les spécialistes vous le diront en OFF, à défaut de le dire publiquement. De nombreux signes indiquent que le modèle français de l’Etat providence est au bord de l’explosion. Situation qui peut se résumer en une phrase compréhensible par tous : « Il n’y a plus d’argent dans les caisses de l’Etat ». Oh bien entendu il semble en y avoir encore puisqu’on peut toujours emprunter mais tout cela est virtuel. Suspendu au bon vouloir des marchés financiers. D’ailleurs, on vient d’avoir une parfaite illustration de la gravité de notre situation par notre président comme le souligne très bien le journaliste Renaud Pila : « A travers le non plan banlieues, Macron n’avait jamais envoyé aussi crûment au pays le message suivant : « il n’y a plus d’argent ». Une manière violente de tuer le game.

Or, l’Etat providence en France ce n’est pas rien. C’est le dernier pilier qui maintien un semblant de cohésion nationale. En quelque sorte l’arbre qui cache la forêt. Qu’il vienne à s’effondrer et ce qui reste du concept fumeux du « vivre-ensemble » volera définitivement en éclat. C’est l’Etat Providence qui fait vivre nos près de 6 millions de fonctionnaires. C’est l’Etat providence qui achète, de plus en plus difficilement il est vrai, la paix civile dans les centaines de quartiers de notre pays. Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et Stratégies de l’IFOP, a écrit récemment que « le vivre-ensemble est un discours incantatoire. Il n’existe plus une préfecture ou sous-préfecture française qui n’ait pas son quartier « chaud », sa cité. Même des petits villages de 5.000 habitants comme Trèbes, lieu de l’attentat contre Arnaud Beltrame, ont une zone sensible ». Je vous laisse imaginer toutes les conséquences, dans ces conditions, d’un effondrement de notre Etat providence…

Matteo Salvini a raison. La France ferait mieux de s’occuper de ses affaires. Il y a le feu à la maison. Mais officiellement, à en croire notre gouvernement et une grande partie des médias, « Tout va bien madame la marquise ». L’intervention de Bruno Le Maire restera peut-être dans l’histoire de notre pays comme une version tragique de la parabole de la paille et de la poutre.

D.B.

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Catégories :France, Italie

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