Italie : coup d’éclat ou coup d’Etat ?

Ce qui s’est passé en Italie ce dimanche 27 mai 2018 est extrêmement grave. Le Président de la République, Sergio Mattarella, non élu, a décidé de refuser de nommer Paolo Savona, réputé comme hostile à la monnaie unique européenne, au poste de Ministre des Finances. Ce refus a immédiatement poussé Giuseppe Conte à renoncer au Poste de Premier ministre. Ce coup d’éclat du Président de la République italienne n’est pas une violation de la Constitution puisque le choix d’accepter ou de refuser un ministre fait partie de ses prérogatives. Cependant, à la suite de sa décision qui plonge son pays dans une grave crise politique, Sergio Mattarella a décidé de convoquer pour lundi Carlo Cottarelli en vue d’une nomination au poste de Premier ministre. Or, cet homme n’est ni plus ni moins qu’un ancien haut responsable au Fonds monétaire international (FMI) et s’est vu attribuer le surnom de « M. Ciseaux » quand il a été chargé de la révision des dépenses publiques par le gouvernement d’Enrico Letta en 2013. Il est depuis cette date le directeur de l’Observatoire des comptes publics, multipliant à ce titre les mises en garde sur le coût économique du programme de gouvernement signé par le Mouvement cinq Etoiles et la Ligue. Que le Président de la République refuse la nomination d’un ministre conformément à ses pouvoirs est une chose. Mais qu’il nomme un Premier ministre, sans aucune légitimité démocratique, et dont le profil politique est en contradiction totale avec le résultat des élections législatives et des attentes de la majorité du peuple italien en est une autre. Cela peut s’apparenter à une véritable tentative de coup d’Etat.

Depuis la conclusion d’un accord de gouvernement entre Luigi di Maio et Matteo Salvini on soupçonnait que le Président de la République était la dernière ligne de défense de l’Union européenne dans le pays. En choisissant d’empêcher l’arrivée de cette coalition au pouvoir il a choisi de bafouer la volonté du peuple qui a voté contre l’Union européenne, pour davantage de justice sociale et, surtout, pour stopper la vague migratoire. En choisissant Carlo Cottarelli les Italiens vont avoir exactement l’inverse. Et ce coup de force ne se passe pas dans la Russie de Vladimir Poutine mais en Italie, en 2018. Ce soir nous assistons à la tentative de mettre un pays sous tutelle par la Commission européenne et l’oligarchie financière et bancaire car le peuple est supposé avoir mal voté. Le leader de la Ligue, Matteo Salvini, est allé plus loin en laissant entendre qu’Angela Merkel et Emmanuel Macron auraient fait pression sur le Président Mattarella pour qu’il refuse la nomination d’un Ministre des Finances anti-Euro. Je ne sais pas si cela est vrai. En attendant, Luigi di Maio, le chef de file du M5S, veut la destitution du président Mattarella. Il a appelé son partenaire de la coalition à ne pas se dérober et à le soutenir dans cette démarche parlementaire. A l’heure où j’écris ces quelques lignes je n’ai pas la réponse du leader de la Ligue. Il doit être tiraillé entre l’envie de retourner devant les électeurs, les sondages lui accordant actuellement entre 25 et 27 % des suffrages contre 17 % en mars, et la volonté de destituer l’homme de paille d’un système honni.

Quoi qu’il puisse se passer dans les prochaines heures, les événements en Italie sont d’une extrême gravité. Une nouvelle fois l’Union européenne donne le sentiment que les élections ne servent à rien. J’avais mis en garde contre cette tentation des élites de ne rien changer (ici) et de briser l’espoir des populations de trouver des solutions alternatives par les urnes. Ce coup de théâtre confirme que l’Union européenne est prête à tout pour neutraliser ses opposants démocratiquement élus. RIEN NE DOIT CHANGER ! La fracture est démocratique, politique et générationnelle. C’est en effet un vieillard de 76 ans qui s’oppose à la mise en application du résultat des élections législatives alors que la majorité des jeunes qui sont allés voter se sont exprimés pour les deux partis populistes. Le coup de poker de Sergio Mattarella est très risqué. On ne voit pas comment le gouvernement technique qu’il mettra en place la semaine prochaine pourrait obtenir la confiance du Parlement. Ce qui conduira automatiquement à la convocation de nouvelles élections qui pourraient se traduire par une déroute encore plus lourde pour les européistes mondialistes. Dans ces conditions pourquoi cherche-t-il à gagner du temps ? A-t-il reçu des assurances de Bruxelles ? Escompte t-il un retournement de l’opinion ? Les prochaines semaines nous dirons si nous avons assisté ce soir à un coup d’éclat ou à un coup d’Etat.

D.B.

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